PROfil Jean-Luc Mari et Christophe Vergniault Sismique en forage et diagraphies acoustiques
Sismique en forage et diagraphies acoustiques État de l’art du domaine géotechnique et transferts méthodologiques possibles du domaine pétrolier
Sismique en forage et diagraphies acoustiques État de l’art du domaine géotechnique et transferts méthodologiques possibles du domaine pétrolier Jean-Luc Mari Christophe Vergniault QUAL I TÉ GÉOPHYSIQUEAPPLIQUÉE
DOI: 10.1051/978-2-7598-2262-1 ISBN(ebook) : 978-2-7598-2262-1 Cet ouvrage est publié en Open Access sous licence creative commons CC-BY-NC-ND (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/fr/) permettant l’utilisation non commerciale, la distribution, la reproduction du texte, sur n’importe quel support, à condition de citer la source. © EDP Sciences, 2018
5 Table des matières Avant-propos 9 Introduction 11 Chapitre 1 • Mesure des vitesses de cisaillement en forage 15 1.1 Contexte 15 1.1.1 Panorama des mesures Vs invasives et non invasives 15 1.1.2 Applications 17 1.1.3 Conditions environnementales 18 1.2 Les mesures Vs par méthode sismique en forage 19 1.2.1 Downhole 21 1.2.1.1 Dispositif d’acquisition 21 1.2.1.2 Analyse d’un downhole (DH) 26 1.2.1.3 Cas particulier de l’offshore 29 1.2.2 Uphole 30 1.2.3 Crosshole 30 1.2.3.1 Pré-requis 31 1.2.3.2 Dispositif d’acquisition 32 1.2.3.3 Analyse d’un crosshole 36 1.3 La mesure Vs par diagraphies 39 1.3.1 Diagraphies acoustiques de haute résolution verticale 39 1.3.2 PS Suspension Logging (PSSL) 41
6 Sismique en forage et diagraphies acoustiques 1.4 Cas d’étude d’une acquisition downhole, PSSL et de diagraphie acoustique, dans un même forage 44 1.5 Conclusion 46 Références 47 Chapitre 2 • Sismique de puits 49 2.1 Introduction 49 2.2 Acquisition des données de sismique de puits 53 2.2.1 Moyens nécessaires à l’acquisition des données 53 2.2.2 Mise en œuvre sur le terrain 53 2.2.2.1 Déroulement d’une opération de PSV classique en puits vertical 53 2.2.2.2 Sondes de puits 54 2.2.2.3 Source sismique 56 2.2.2.4 Paramètres d’acquisition 56 2.2.2.5 Sécurité 57 2.2.2.6 Contrôle Qualité 57 2.2.2.7 Production 57 2.3 Ondes sismiques 57 2.4 Séquence de traitement 62 2.5 Application avec un jeu de données du domaine géotechnique 71 2.6 Conclusion 74 Références 76 Chapitre 3 • Diagraphie acoustique 77 3.1 Introduction 77 3.2 Acquisition des données de diagraphies acoustiques 79 3.2.1 Moyens nécessaires à l’acquisition des données 80 3.2.2 Mise en œuvre sur le terrain 80 3.2.2.1 Déroulement d’une opération de diagraphie acoustique en puits vertical 80 3.2.2.2 Sondes acoustiques 81 3.2.2.3 Paramètres d’acquisition et de visualisation 84 3.2.2.4 Diagraphie acoustique en puits dévié 84 3.2.2.5 Sécurité 84 3.2.2.6 Contrôle Qualité 84 3.2.2.7 Production 84 3.3 Ondes acoustiques 85
7 Table des matières 3.4 Séquence de traitement 88 3.5 Imagerie acoustique 91 3.5.1 Imagerie acoustique par réfraction 91 3.5.2 Imagerie acoustique par réflexion 95 3.6 Caractérisation d’une formation à l’aide des ondes de Stoneley 98 3.7 Conclusion 100 Références 102 Chapitre 4 • Calage de la sismique de surface 105 4.1 Introduction 105 4.2 Sismique 3D THR et PSV 106 4.3 Diagraphie acoustique 110 4.4 Les logs acoustiques 111 4.5 Conversion en temps des logs acoustiques et calcul du séismogramme synthétique 113 4.6 Temps sonique intégré et temps vertical PSV 115 4.7 Conclusion 118 Références 118 Chapitre 5 • Exemple de caractérisation d’un aquifère karstique à l’aide des méthodes sismiques et des diagraphies acoustiques 119 5.1 Introduction 120 5.2 Contexte géologique 120 5.3 Acquisition et traitement sismique 3D 122 5.4 Mesures sismiques en forage 126 5.5 Diagraphie acoustique monopole en champ total 129 5.6 Conclusion 133 5.7 Remerciements 134 Références 135 Conclusion 137
9 QUAL I TÉ GÉOPHYSIQUEAPPLIQUÉE Avant-propos 1 J.-L. Mari, C. Vergniault Suite à leurs expériences en géophysique appliquée au domaine pétro-gazier et géotechnique, les auteurs ont cherché à partager le fait que des démarches classiquement appliquées en géophysique d’exploration profonde peuvent se décliner pour certaines reconnaissances géotechniques, hydrogéologiques ou des caractérisations de site dans le cadre d’études d’aléa sismique. Après un état de l’art du domaine géotechnique concernant les mesures en forage des vitesses de cisaillement du soussol, l’ouvrage a pour vocation d’illustrer la faisabilité de réaliser des profils sismiques verticaux, des diagraphies et des blocs 3D de sismique réflexion. En plus de ces démonstrations, les auteurs ont cherché à donner aux lecteurs des clefs pour mener à bien ces opérations, aussi bien vis-à-vis de leurs acquisitions, que de leurs traitements et interprétations. Les auteurs remercient Françoise Coppens, Patrick Meynier et Gilles Porel pour leur contribution à cet ouvrage. Ce chapitre de l’ouvrage Sismique en forage et diagraphies acoustiques est publié en Open Access sous licence creative commons CC-BY-NC-ND permettant l’utilisation non commerciale, la distribution, la reproduction du texte, sur n’importe quel support, à condition de citer la source. © EDP Sciences, 2018 DOI: 10.1051/978-2-7598-2262-1.c001
10 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Les auteurs Jean-Luc Mari, diplômé de l’Institut Physique du Globe Strasbourg et d’IFP School (MSc Géosciences Pétrolières, option géophysique en 1978), a été embauché en 1979, à l’IFP Énergies nouvelles en qualité d’Ingénieur de recherche à la direction Géophysique où il a travaillé sur plusieurs projets de recherche, tels que la sismique haute résolution, le monitoring de réservoir, le développement d’outils de puits, en collaboration avec des partenaires industriels GdF-Suez, CGG, Total et ELF Aquitaine. En 1986, il a été détaché à ELF Aquitaine pour travailler en géophysique de réservoir. Il rejoint l’IFPEN en 1987 pour être détaché à la direction Gisement où il étudie notamment les apports des méthodes géophysiques en puits horizontaux. En 1994, il est affecté à l’IFP School en qualité d’enseignant chercheur et obtient l’Habilitation à Diriger des Recherches en Sciences de la Terre, à l’université Pierre et Marie Curie. Jean-Luc Mari, professeur de géophysique pour IFP School, et expert en géophysique pour IFP Énergies nouvelles, est membre de l’EAGE. Il est éditeur associé pour la revue Near Surface Geophysics. En 2010, il a été nommé au grade de Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques. Christophe Vergniault, est depuis 8 ans géophysicien au département Géosciences à la Direction Industrielle d’EDF (EDF-DIPNN-DI-TEGG), après des expériences variées mais toujours en lien avec les mesures physiques. En effet, après une formation d’ingénieur géophysicien (EOST) et universitaire en géologie (DEA Structure et évolution de la lithosphère à Montpellier), il a travaillé comme géophysicien en société de services spécialisée dans les reconnaissances en offshore (Géodia), comme pétrophysicien et géologue de sonde à Gaz de France (Département exploration production et stockage), comme chargé d’affaires en auscultation des ouvrages hydroélectriques d’EDF. Le fruit de ce cumul d’expériences est traduit dans ce livre par le regard porté sur les mesures géophysiques appliquées au domaine géotechnique.
11 QUAL I TÉ GÉOPHYSIQUEAPPLIQUÉE Introduction 2 J.-L. Mari, C. Vergniault En géophysique d’exploration pétrolière ou d’étude de réservoir, la méthode la plus utilisée pour obtenir un modèle du sous-sol est la méthode sismique. Cette méthode prend une part de plus en plus importante dans les reconnaissances de sol pour des études géotechniques, hydrogéologiques ou de caractérisation de site vis-à-vis des problématiques d’aléa sismique (Mari et al., 1998). La méthode sismique de surface comprend : • la sismique réfraction (ondes P ou S) qui fournit un modèle de vitesse du sous-sol. Cette méthode, appliquée aux ondes P, est très couramment employée en géotechnique, afin de suivre l’évolution de la position du substratum, ainsi que les évolutions longitudinales de son état physique ou de celui de sa couverture (voir Guide Sismique réfraction, Les Cahiers de l’AGAP, O. Magnin, Y. Bertrand, 2005). • La sismique réflexion, méthode d’échographie du sous-sol à 2 ou 3 dimensions, fournit en premier lieu une image des contrastes d’impédance acoustique du sous-sol. En fonction des moyens mis en œuvre, la profondeur d’investigation Ce chapitre de l’ouvrage Sismique en forage et diagraphies acoustiques est publié en Open Access sous licence creative commons CC-BY-NC-ND permettant l’utilisation non commerciale, la distribution, la reproduction du texte, sur n’importe quel support, à condition de citer la source. © EDP Sciences, 2018 DOI: 10.1051/978-2-7598-2262-1.c002
12 Sismique en forage et diagraphies acoustiques peut atteindre la centaine de mètres jusqu’à plusieurs milliers de mètres. En revanche, la méthode n’est pas performante dans les 20 à 50 premiers mètres. • La sismique en ondes de surface (Multiple Analysis of Surface Waves, MASW), par l’analyse de la vitesse de phase des ondes de Rayleigh ou Love dans le domaine fréquentiel (diagramme de dispersion), va permettre de calculer l’évolution de la vitesse des ondes de cisaillement (VS) des premières dizaines de mètres du sous-sol. Cette méthode est de plus en plus employée en géotechnique en combinaison avec la méthode de sismique réfraction, afin de déterminer le module de cisaillement. La résolution verticale de toutes les méthodes géophysiques de surface se dégrade en fonction de la profondeur investiguée. Pour obtenir un modèle précis des paramètres sismiques (vitesses de propagation des ondes P (VP) et des ondes S (VS), densité) du sous-sol, et ce en profondeur, les géophysiciens utilisent des données de forage telles que celles fournies par la sismique de puits et la diagraphie acoustique, notamment pour réaliser un calage et une calibration en profondeur des mesures de surface. De plus, le traitement permet de fournir à la fois un modèle en vitesse de propagation des ondes (ondes P et S) et un modèle en densité, comme les exemples présentés à la fin de cette introduction. Les exemples présentés en figure 1 sont extraits de sismiques 3D. Celui de la figure 1a est un exemple de proche surface (Mari et Porel, 2007). La distribution des vitesses P a été obtenue par sismique réfraction (tomographie) pour la très proche surface (jusqu’à 30 m de profondeur) et par sismique réflexion (inversion acoustique) pour les horizons sismiques profonds (entre 20 et 120 m). Ce premier exemple fera l’objet de l’étude de cas présentée au chapitre 5. Il est à noter qu’une approche similaire pourrait être faite en combinant la méthode MASW et la méthode sismique en ondes S. Les figures 1b, 1c et 1d sont issues du traitement d’une campagne sismique réflexion tirée pour imager des horizons jusqu’à 1 500 m de profondeur (Mari et Yven, 2014). Les distributions de vitesse (VP et VS) et de densité ont été obtenues par inversion élastique. Les exemples de cette introduction permettent déjà de mettre le doigt sur le fait que les méthodes sismiques de surface et de puits combinées avec des méthodes acoustiques peuvent être utilisées avec fruit pour estimer des modules mécaniques (coefficient de Poisson, modules de cisaillement et de Young...). L’objectif de cet ouvrage est d’illustrer que les démarches appliquées en géophysique d’exploration profonde, combinant différentes méthodes sismiques et diagraphiques, peuvent se décliner pour certaines reconnaissances géotechniques, hydrogéologiques ou des caractérisations de site dans le cadre d’études d’aléa sismique. Dans le but de présenter certaines de ces démarches et leurs applications pour des reconnaissances de la proche surface (< 150 m), l’ouvrage est composé de cinq chapitres. • Le premier chapitre est consacré à l’état de l’art du domaine géotechnique concernant les mesures en forage des vitesses de cisaillement du sous-sol. Il montre l’intérêt de combiner différentes méthodes : mesure de sismique de puits de type Profil Sismique Vertical (PSV) en onde SH généralement nommée downhole, transmission entre forages généralement nommée crosshole, diagraphie acoustique de type dipôle (PSSL).
13 Introduction Exemple de proche surface Distribution de vitesse P (a) Distribution de vitesse P (b) Distribution de densité (c) Distribution de vitesse S (d) Figure 1 Distributions de vitesse et de densité obtenues par sismique ; a : exemple de proche surface ; b, c, d : exemple de type pétrolier. • Le deuxième chapitre est consacré à la sismique de puits. Il décrit la procédure de mise en œuvre, les moyens d’acquisition (sources et capteurs) utilisés dans le domaine du génie civil, les différents types d’ondes qui composent les enregistrements de sismique de puits (ondes de volume et modes guidés), les séquences de traitement. Pour plus d’information, le lecteur est invité à consulter l’ouvrage Sismique de puits, de J.-L. Mari et F. Coppens (2000, Éditions Technip).
14 Sismique en forage et diagraphies acoustiques • Le troisième chapitre est consacré à la diagraphie acoustique en champs total et à ses principales applications dans le domaine du génie civil. Il décrit sommairement : les outils de diagraphie (logging) mis en œuvre (outil monopôle ou dipôle), les différents types d’ondes qui composent un enregistrement acoustique, l’apport des mesures acoustiques à la description des formations géologiques (paramètres mécaniques). L’apport des ondes de Stoneley pour l’estimation des vitesses S des formations et la détection des zones fracturées y est discuté. Il montre également comment la diagraphie acoustique peut être utilisée pour évaluer la qualité de la cimentation d’un forage. • Le quatrième chapitre montre l’intérêt de combiner les mesures de vitesse des formations fournies par les outils de puits de type PSV et les outils acoustiques (soniques). Il montre sur un exemple de proche surface la méthode de calage entre le sonique et les tirs de contrôle (PSV), conduisant à l’obtention d’une loi temps-profondeur, calée sur la sismique et utilisée pour le passage en temps des diagraphies et le calcul des sismogrammes synthétiques. • Le cinquième chapitre est une étude de cas intégré d’un aquifère calcaire karstifié, relativement proche de la surface (de 20 à 130 m). On montre comment une description multi-échelle du réservoir peut être réalisée en intégrant les informations fournies par différentes méthodes sismiques de surface 3D-THR, diagraphies acoustiques en champ total, PSV avec hydrophones, imageries de paroi et mesures de débitmétrie. Note : Dans le domaine pétrolier, le terme puits est couramment employé pour un forage. Cette notion n’est pas adaptée à la géotechnique où les forages sont des ouvrages de reconnaissance et non de production. Dans ce livre, on conservera donc le terme puits pour toutes les descriptions en lien avec un transfert de technologie du monde pétrolier vers la géotechnique. En revanche, le terme forage sera employé pour les descriptions en lien avec des méthodes courantes en géotechnique. Références Mari J.L, Arens G., Chapellier D., Gaudiani P., 1998, Géophysique de gisement et de génie civil. Éditions Technip, Paris. Mari J.L., Porel G., 2007, 3D seismic imaging of a near – surface heterogeneous aquifer: a case study, Oil and Gas Science and Technology, Rev IFP 63, 179-201. Doi: 10.2516/ogst/2007077. Mari J.L., Yven B., 2014, The application of high-resolution 3D seismic data to model the distribution of mechanical and hydrogeological properties of a potential host rock for the deep storage of radioactive waste in France, Marine and Petroleum Geology 53, 133-153.
15 QUAL I TÉ GÉOPHYSIQUEAPPLIQUÉE 1 Mesure des vitesses de cisaillement en forage 3 C. Vergniault, J.-L. Mari 1.1 Contexte 1.1.1 Panorama des mesures Vs invasives et non invasives La mesure des ondes de cisaillement (S) peut se faire de façon invasive (sismique en forage et diagraphies) ou non invasive (ondes de surface (Multi Analysis of Surface Waves, MASW) et bruit de fond (Ambiance Measurement Vibration, AMW)). Évidemment, chaque méthode présente des avantages et des inconvénients que le gestionnaire du projet (coté client et sous-traitant) doit évaluer afin de sélectionner la méthode la plus adaptée au projet. Pour l’aider dans cette démarche, le tableau 1.1 résume les avantages et les inconvénients de chaque méthode. Ce chapitre de l’ouvrage Sismique en forage et diagraphies acoustiques est publié en Open Access sous licence creative commons CC-BY-NC-ND permettant l’utilisation non commerciale, la distribution, la reproduction du texte, sur n’importe quel support, à condition de citer la source. © EDP Sciences, 2018 DOI: 10.1051/978-2-7598-2262-1.c003
16 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Tableau 1.1 Avantages et inconvénients des méthodes invasives et non invasives. Méthode Profondeur cible Résolution verticale Contraintes Application à l’offshore Méthode non invasive Réfraction S 50 m, mais parfois moins de 10 m dans un environnement industriel Plusieurs mètres Affecté par le bruit dans un environnement industriel, limité par des inversions de vitesse Oui MASW 15 à 20 m Plusieurs mètres Nécessite un milieu tabulaire au droit de la zone investiguée Oui AMV Plusieurs centaines de mètres Plusieurs mètres à décamètres Nécessite un milieu tabulaire au droit de la zone investiguée Pas actuellement Diagraphies Sonic log de type monopôle > 1 000 m, pour les forages profonds de l’exploration production Plusieurs décimètres Nécessite un forage en trou nu et que la Vs soit supérieure à la Vp du fluide de forage Oui PSSL ou sonic log de type dipôle Jusqu’à 300 m, pour les forages profonds de la géotechnique 1 m De préférence dans un forage en trou nu mais il est aussi possible de faire un PSSL à travers un tubage scellé Oui, mais en trou nu Sismique en forage Crosshole Jusqu’à 50 m, exceptionnellement 100 m 1 m Nécessite 2 forages en trou nu ou avec un tubage scellé et une déviation limitée Généralement trop cher Downhole Jusqu’à 50 m, exceptionnellement 100 m, pour les ondes S. Peut aussi être très profond pour les ondes P (>1 000 m) Plusieurs mètres Nécessite 1 forage en trou nu ou avec un tubage scellé Oui pour les ondes P, encore trop complexe pour les ondes S Uphole 10 m pour les ondes S, 50 m pour les ondes P Plusieurs mètres Difficile d’avoir une source S puissante sans endommager le tubage Difficile d’avoir une source S adaptée Sur la base des capacités et des limites de chaque méthode, décrites dans le tableau 1.1, plusieurs choix seront possibles en fonction de la finalité du projet et de l’état des connaissances du site. Ces choix sont résumés dans le tableau 1.2. Enfin, l’aspect économique départagera les différentes options possibles.
17 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage Tableau 1.2 Adéquation objectif méthode. Besoin Modélisation de la réponse du sol pour le design d’une construction sensible Design d’une construction courante basée sur la classification de sol de l’Eurocode 8 État de connaissance du site Connaissance globale du site, insuffisante pour établir un log de vitesse au droit du bâtiment en projet Connaissance précise (logs de vitesses) en plusieurs points du site, mais pas au droit du bâtiment en projet Pas de connaissance particulière La Vs 30 est connue en plusieurs points du site, mais pas au droit du bâtiment en projet Mesure préconisée Crosshole couplé avec downhole ou PSSL couplé avec crosshole dans les 10 premiers mètres Downhole ou PSSL couplé avec MASW et AMV Downhole couplé avec MASW et AMV MASW et AMV si l’espace est suffisant et non affecté par de nombreux réseaux enterrés Le périmètre de ce chapitre est celui des méthodes géophysiques invasives pour déterminer un log Vs, soit les méthodes : downhole, uphole, crosshole et les diagraphies. Les cas d’études présentés proviennent du retour d’expérience d’EDF suite à de nombreuses reconnaissances de sol ces cinq dernières années ainsi que du projet de recherche Inter Pacific dont l’objectif était de comparer les méthodes géophysiques pour la caractérisation sismique d’un site (Garofalo, 2016). En revanche, les méthodes non invasives ne seront pas détaillées dans cet ouvrage. 1.1.2 Applications L’application la plus courante concerne la conception et le dimensionnement des structures de génie civil. En effet, dans la classification des sols par l’Eurocode 8, un des trois principaux paramètres permettant de classer les sols est basé sur la vitesse moyenne de propagation des ondes de cisaillement dans les 30 premiers mètres. Ce paramètre est classiquement appelé « Vs 30 ». Tableau 1.3 Paramètres mécaniques en fonction de Vp, Vs et ρ (d’après Bourbié, 1986). Paramètre mécanique Équation avec Vp, Vs et r Le module d’Young, Edmax (Pa) ρV V V V V S P S P S 2 2 2 2 2 3 4− − La constante de Lamé, l (Pa) ρ V V P S 2 2 2− ( ) Le module d’incompressibilité volumique, K (Pa) ρ V V P S 2 2 4 3 − ( ) Le module de cisaillement, rigidité ou coefficient de Coulomb (Gdmax ou µ en Pa) ρVS 2 Le coefficient de Poisson, g (sans dimension) V V V V P S P S 2 2 2 2 2 2 − − ( )
18 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Par ailleurs, pour une densité donnée, les mesures P et S en forages permettent également de pouvoir déterminer les paramètres in situ nécessaires à la définition d’un modèle élastique aux petites déformations (tableau 1.3). On distingue principalement le module d’Young et le module de cisaillement. 1.1.3 Conditions environnementales Il est important de noter que, dans le domaine de la géotechnique, les forages pour les mesures invasives traversent généralement des terrains instables. De ce fait, ils sont souvent tubés avec un cuvelage ou un tubage PVC, scellé à la formation par un coulis de ciment. La qualité de ce scellement est un point sensible pour la bonne transmission des signaux sismiques. De ce fait, la réalisation du forage et son scellement doivent respecter les standards décrits dans les normes ASTM D7400 pour le downhole et D4428 pour le crosshole. Les points clefs de cette phase peuvent être résumés dans le tableau 1.4. Tableau 1.4 Résumé des paramètres de trou, suivant les normes ASTM, pour une mesure géophysique en forage. Diamètre de forage max 175 mm (7 in) Diamètre interne du cuvelage 50 à 100 mm (2 à 4 in) Nature du tubage PVC ou aluminium, fermé à son pied Coulis de scellement Coulis de bentonite-ciment dont la densité est proche de celle des terrains encaissants, afin de limiter la perte d’énergie par ce guide d’ondes Pour des forages avec un tubage PVC, il est possible de réaliser un contrôle de la cimentation par une diagraphie d’adhérence du coulis CBL-VDL (Cement Bond Log-Variable Density Log), même si cet outil a été initialement développé pour des tubages en acier (voir chapitre 3). Le log CBL-VDL est un enregistrement réalisé avec un outil acoustique centré dans le trou de forage, ayant une source et un récepteur piézoélectrique qui sont distincts et distants de 3 ft et 5 ft, respectivement pour le CBL et le VDL. Si le couplage est bon (faible contraste de vitesse acoustique), la majeure partie de l’énergie est transmise et celle des ondes réfractées est faible, ce qui se traduit visuellement par une faible amplitude CBL et VDL (rectangles gris de la figure 1.1). Dans le cas contraire, l’amplitude des ondes enregistrées est forte. Ce signal a un caractère plutôt « rectiligne » (rectangle rouge de la figure 1.1). Il est à noter que si la formation a une vitesse élevée par rapport à celle du cuvelage (2 100 à 2 200 m/s pour le PVC contre 5 600 m/s pour l’acier), alors les ondes réfractées dans la formation vont arriver en premier, masquant ainsi les ondes réfractées dans le cuvelage (rectangle orange de la figure 1.1). D’un autre côté, si ces ondes dominent, c’est bien que l’ensemble cuvelage, coulis, formation est adhérent.
19 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage Figure 1.1 Illustration d’un log « Full wave sonic » utilisé comme un CBL-VDL pour évaluer la qualité de la cimentation (acquisition LIM Logging pour EDF). Cette diagraphie peut être réalisée avec un outil acoustique de type « sonic Full Waves Form ». Elle doit être exigée pour un crosshole à travers une formation instable (sablo-graveleuse). En effet, en fonction des résultats, l’attribution des forages émetteurs et récepteurs pourra être revue. 1.2 Les mesures Vs par méthode sismique en forage La sismique en transmission utilisée en forage peut être illustrée comme un cas particulier de profil sismique vertical (PSV, voir chapitre 2) où le sujet d’intérêt n’est pas les ondes réfléchies aux interfaces, mais le temps de première arrivée de l’onde transmise entre la source en surface et le récepteur en forage. Ceci est illustré par la figure 1.2 ci-après. free pipe good cimentation waves of formation
20 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Figure 1.2 Illustration du trajet des rais sismiques lors d’un PSV ou d’un sismosondage (gauche) et d’un downhole (droite), avec en violet les ondes réfléchies et en pointillé les ondes directes. Vis-à-vis de l’étude des ondes transmises ou directes, en prospection sismique pétrolière, on parlera plutôt de sismosondage ou « checkshot », mais aussi de carottage sismique. • En général, le sismosondage est réalisé sur toute la hauteur d’un forage pétrolier (échelle kilométrique). Il est utilisé pour le calage sismique, c’est-à-dire la caractérisation géologique des marqueurs sismiques. En effet, les résultats d’un sismosondage sont présentés sous la forme de courbes : temps-profondeur, vitesses moyennes d’intervalles, vitesses quadratiques moyennes en fonction de la profondeur et des formations géologiques rencontrées dans le forage. • Le carottage sismique est habituellement réalisé dans un forage de faible profondeur (échelle hectométrique ou décamétrique). Il est utilisé pour déterminer les paramètres de la zone altérée (Weathering Zone ou WZ, on parle aussi de carottage WZ), notamment son épaisseur et sa vitesse qui sont des paramètres indispensables pour réaliser les corrections statiques. Souvent son acquisition est plutôt suivant la configuration uphole (source en forage, de type dynamite) que downhole (source en surface). En géotechnique, on parle de downhole (DH) et l’on s’intéresse également voire principalement aux ondes en cisaillement (S). Pour des applications nécessitant une évaluation fine du log Vs en fonction de la profondeur (modélisation de la réponse du sol pour le design d’une construction sensible), on privilégie souvent une mesure de transmission entre forages, permettant d’établir un profil de vitesse avec un pas métrique, on parle alors de crosshole.
21 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage 1.2.1 Downhole Lors d’une acquisition downhole, le récepteur sismique est dans un forage et la source en surface. Des configurations alternatives peuvent être mises en œuvre avec un récepteur sismique dans le cône d’un pénétromètre CPT (Seismic Cone SCPT) ou dans un dilatomètre (SDMT). De plus, une configuration avec deux récepteurs espacés d’une distance fixe est également envisageable. En fonction du type de frappe à la surface du sol (verticale ou horizontale), la source sismique permet de générer un signal contenant respectivement un maximum d’énergie dans l’onde de compression (P) ou de cisaillement (S) (figure 1.3). Figure 1.3 Configuration classique d’un downhole où les ondes de cisaillement vont principalement être enregistrées par les composantes horizontales et l’onde en compression par la composante verticale du géophone en forage (d’après la documentation technique de SeisImager 2013). 1.2.1.1 Dispositif d’acquisition Il est nécessaire de dissocier l’acquisition et l’analyse des ondes en compression (P) et en cisaillement (S).
22 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Sources La norme ASTM D7400-08 (Standard Test Methods For Downhole Seismic Testing) définit clairement la source S la plus commune. Elle consiste en un madrier de 2,4 m de long et 15 cm d’épaisseur, afin qu’un véhicule puisse être positionné dessus, comme masse de couplage. Dès lors, un signal riche en ondes SH est alors obtenu par des frappes latérales, sur les côtés du madrier, avec un marteau de 5 à 15 kg. Ce dernier peut être monté sur un axe pivotant comme l’illustrent les photos de la figure 1.4. Pour générer des ondes P, il suffit d’une frappe verticale sur une enclume, soit à côté du madrier sur l’axe entre le point milieu et la tête de forage, soit à côté de chaque extrémité du madrier. Figure 1.4 Illustration d’une source S utilisée en downhole et conforme à la norme ASTM (gauche, source IgeoTest ; droite, source IMG). Choix de la position de la source La distance entre le point milieu du madrier et la tête de sondage (offset) doit être judicieusement choisie afin de limiter l’impact des ondes de tube, des ondes réfractées ainsi que l’angle d’incidence. Cette distance est en général entre 1 et 3 m. Si un déport plus important est nécessaire (4 à 6 m) ou si le milieu présente plusieurs couches de vitesses différentes dans les 10 premiers mètres, alors la prise en compte des ondes réfractées et des trajets réels dans l’analyse (loi de Snell-Descartes) est indispensable (figure 1.5). L’impact des ondes de tube est une réalité qu’il faut prendre en compte. La figure 1.6 ci-après représente un downhole dont le forage était respectivement plein d’eau (signal bleu) puis sans eau (signal noir). Ceci permet de matérialiser le signal des ondes de tube et sa complexité, car le temps de 60 ms à 30 m n’est pas cohérent avec un simple signal réfléchi au fond et transitant dans l’eau. La vitesse correspond
23 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage plus à celle d’un mode guidé transitant à l’interface eau-tubage (voir chapitre 2, paragraphes sur les ondes acoustiques). Figure 1.5 Illustration de la différence entre les trajets réels et les rais droits qui sont considérés par une analyse downhole classique (gauche). À droite, le modèle de rais après inversion jointe (Fugro pour EDF) d’un crosshole et de 2 downholes avec des déports différents illustre que les ondes réfractées sont plus présentes lorsque le déport de la source augmente. Figure 1.6 Illustration d’une onde de tube dans un forage en eau.
24 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Le figure 1.7 suivante permet de montrer qu’une onde aérienne existe également dans le forage sans eau, mais nettement moins énergétique (réflexion de 95 ms à 30 m). De plus, son effet peut être atténué en plaçant un bouchon acoustique en tête de forage. Figure 1.7 Illustration d’une onde de tube dans un forage sans eau. En fonction de la vitesse du milieu, l’onde de tube dans l’eau peut masquer l’arrivée P ou S (figure 1.8). Il est donc indispensable de s’en prémunir en vidant le forage autant que possible ou en augmentant la distance entre la source et la tête du forage. Toutefois, cette dernière option va favoriser la génération d’ondes réfractées (voir figure 1.5). Figure 1.8 Illustration de l’impact de l’onde de tube (Projet InterPacific).
25 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage Couplage de la source sismique Le couplage de la source sismique est également un point sensible (figure 1.9). La source doit être préférentiellement positionnée sur du terrain naturel (figure 1.9a). En présence d’un remblai, atténuant fortement les ondes sismiques (figure 1.9b), il peut être souhaitable de le décaisser jusqu’à retrouver le terrain naturel. Il est à noter que les techniques de forage et de cimentation ont une forte influence sur la qualité de la transmission des signaux, comme le montre l’exemple présenté en figure 1.9c. a b c Figure 1.9 Effet du couplage de la source en opération de type Downhole ; a : downhole avec une source sur le terrain naturel ; b : downhole avec une source sur un remblai (nappe à 9,8 m) ; c : downhole sur le même site que a et b, mais avec forage fait avec carottier sonique (nappe à 4 m, hors nappe le signal est pollué par des ondes réfractées car l’offset est trop grand).
26 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Il n’est pas toujours possible de mettre la source sur le terrain naturel ; en revanche, il est possible de réaliser un forage court pour pouvoir utiliser une source de forage directement sous le remblai, en complément de celle de surface. Toutefois, il est important de conserver la source de surface, car les sources de forage sont généralement moins puissantes et l’atténuation peut être trop importante pour réaliser des mesures pour des trajets supérieurs à 10 m (limite que l’on retrouve sur la mesure uphole, sans un nombre important d’addition de tirs ou « stack »). Récepteurs En downhole, l’énergie des ondes P va arriver principalement sur la composante verticale du récepteur et l’énergie de l’onde SH sera répartie sur les composantes horizontales. Dans la mesure où un « offset » court est appliqué (1 à 3 m), il est nécessaire de vider le forage de son eau pour éviter les ondes de tube. Toutefois, pour un downhole profond, la vidange du tube ne doit pas excéder 50 m, sinon le risque d’écrasement du tube devient trop fort. En conséquence, il n’est pas possible d’utiliser des hydrophones proches de la surface pour réaliser un downhole en ondes P. Un récepteur 3 composantes ancré à la paroi du forage, de type géophone ou accéléromètre, est donc préconisé. 1.2.1.2 Analyse d’un downhole (DH) La première étape de l’analyse consiste à réaliser le pointé des premières arrivées P et S. Si le signal est de bonne qualité, le pointé des ondes P n’est pas problématique. Pour les ondes S, il est impératif d’exploiter la propriété de polarisation de l’onde en fonction du sens de la frappe (figure 1.10). Pour cela, l’opposition de phase des tirs de sens opposé permet d’identifier sans ambiguïté l’arrivée S (les signaux bleus et noirs doivent être de signe opposé, sur la figure 1.10). Si cette dernière n’existe pas, il faut alors se méfier du signal enregistré, car cela peut traduire une pollution par des ondes de tube ou une interférence avec les ondes P. La figure 1.10 illustre qu’avec une source classique, l’opposition de phase caractérisant les ondes S peut s’observer jusqu’à 50 m de profondeur. Dans des terrains favorables, les mêmes types de signaux s’observent jusqu’à 100 m de profondeur. Comme en sismique réfraction, la première étape de l’analyse consiste à afficher le graphe des dromochroniques (courbe distance source-récepteur en fonction du temps). Sur les 10 premiers mètres, cette courbe diffère sensiblement de la courbe profondeurtemps en raison de l’offset de la source (voir figure 1.5). À ce stade, le trajet entre la source et le récepteur est considéré comme linéaire. Toutefois, cette approximation est fausse si le milieu présente des variations de vitesse notables dans les 10 premiers mètres. L’impact augmente avec le déport de la source. À partir de la dromochronique, l’analyse d’un downhole se fait par plages de profondeur (tranches). Le découpage en tranches doit certes se faire en lien avec les ruptures de pentes de la dromochronique, mais aussi et surtout en lien avec le découpage géologique réalisé sur la base des carottes. Sur les tranches ainsi définies, la pente entre les variations de distance et de temps de chaque segment fournit la vitesse moyenne sur l’intervalle correspondant (figure 1.11).
27 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage La pente du rayon reliant un point à l’origine donne la vitesse moyenne du sol à la profondeur correspondante. En raison de l’incertitude sur les pointés, chaque tranche doit contenir un minimum de 3 points de mesure, idéalement 4 ou 5 (figure 1.12). De ce fait, l’acquisition downhole avec 2 récepteurs en même temps pour effectuer un calcul de vitesse sur ces 2 mesures n’est pas préconisée. Enfin, on constate aussi qu’une analyse downhole, même avec un pas de mesure métrique, est plus intégrative qu’une mesure crosshole. Figure 1.10 Downhole S jusqu’à 50 m de profondeur (Inter Pacific). Figure 1.11 Illustration d’une analyse d’un downhole (DH) en ondes P et S suivant 4 tranches.
28 Sismique en forage et diagraphies acoustiques Figure 1.12 Illustration de la sensibilité de l’analyse d’un même downhole (DH) en fonction du choix des tranches. Figure 1.13 Résultat uphole et downhole après inversion avec le logiciel GEOTOMGC (Terradata pour EDF).
29 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage Afin de fiabiliser l’analyse des 10 premiers mètres, une approche par modélisation directe ou inversion itérative est possible (figure 1.13). C’est-à-dire qu’un calcul direct des temps de trajet, pour un modèle de vitesse donné, doit intégrer les trajets directs et réfractés. Ensuite, en fonction de l’écart entre les temps mesurés et les temps calculés, le modèle est ajusté. Cette itération est répétée jusqu’à ce que le critère d’erreur soit acceptable. Actuellement, les logiciels du marché ne sont pas optimisés pour les mesures en forage et ils ne différencient pas directement les ondes directes et réfractées, mais considèrent des rais droits et courbes, les rais droits correspondant aux trajets transmis et les rais courbes aux ondes réfractées. 1.2.1.3 Cas particulier de l’offshore Il est possible de réaliser un downhole P en mer dans un forage en trou nu, avec une source de type canon à air ou sparker proche de la surface. Trouver une source S opérationnelle au fond de l’eau et un capteur 3 composantes est nettement plus compliqué. Enfin, si le terrain est instable, le downhole P à travers le tubage non scellé de protection peut marcher si les terrains traversés sont suffisamment plastiques pour établir un couplage acceptable avec le tubage (figure 1.14). Figure 1.14 Downhole en mer dans un trou nu et à travers un tubage de protection non scellé (Fugro pour EDF).
30 Sismique en forage et diagraphies acoustiques 1.2.2 Uphole Un uphole est analogue à un downhole, mais avec la source dans le forage et le récepteur en surface. La pratique est plus limitée, car les sources S en forage génèrent un signal qui s’atténue sur une distance relativement courte. Même pour les ondes P, avec une source relativement puissante (sparker), il est nécessaire d’effectuer un grand nombre d’additions de tirs (stack). Toutefois, la figure 1.13 montre bien qu’en fonction du contexte, on peut arriver à des résultats intéressants en ondes P (graphe de gauche). Sinon, l’utilisation d’un uphole est intéressante lorsque la mesure est couplée à l’acquisition crosshole, car cela demande juste d’ajouter un capteur 3 composantes en surface. 1.2.3 Crosshole Le principe consiste à mesurer les temps de trajet d’ondes sismiques compressives et cisaillantes, transmises directement entre une source sismique dans un forage et un récepteur 3 composantes dans un forage voisin. L’onde compressive (P) se propage dans le plan horizontal ainsi que la composante horizontale de l’onde cisaillante (SH). La composante verticale de l’onde cisaillante (SV) se propage dans le plan vertical. Donc, l’énergie de l’onde P et SH est principalement répartie sur les récepteurs horizontaux et celle de l’onde SV sur le récepteur vertical. Le résultat d’une mesure crosshole est souvent pris aveuglément comme une référence, mais la méthode peut être confrontée aux limitations suivantes : • être fortement affectée par des ondes réfractées dans des strates indurées proches ; • présenter un « aliasing spatial », si l’épaisseur des bancs est inférieure à celle des intervalles ; • être affectée par un fort pendage des formations ; • être fortement affectée par une mauvaise cimentation (liaison tubage - coulis de scellement - formation) ; • être fortement affectée par un endommagement dans l’environnement proche du forage. En conséquence, il est préconisé d’effectuer un enregistrement downhole et/ou uphole pour compléter et valider le crosshole, dans l’hypothèse où l’anisotropie en grand est négligeable. Cas particuliers • Dans le cas d’une géologie fortement hétérogène, seule une tomographie sismique pourrait permettre d’apporter une information fiable, pour le profil d’ondes P. Dès lors, dans un milieu dont le caractère hétérogène est connu, il est également préconisé de réaliser une acquisition crosshole P additionnelle avec une flûte d’hydrophones de façon à pouvoir exploiter les données en
31 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage tomographie. Pour les ondes S, la mise en œuvre de plus de 2 capteurs ancrés est complexe dans le domaine géotechnique, il faut donc généralement se contenter de l’enregistrement downhole ou uphole. • De même, si l’essai est réalisé dans un milieu dont la forte anisotropie horizontale est connue (bancs fracturés dans une direction donnée par exemple), le dispositif de mesures et l’interprétation des résultats doivent être adaptés (forages récepteurs à 90° avec des directions parallèles et perpendiculaires à celles de l’anisotropie). • Enfin, si l’essai est réalisé dans un milieu dont la forte anisotropie verticale est en relation avec des bancs minces, le dispositif de mesures doit également comprendre une source spécifique SH (sparker P-SH). 1.2.3.1 Pré-requis La qualité du scellement du tubage impacte bien plus fortement la mesure crosshole que downhole, car les signaux sont de plus haute fréquence. Le calcul de la vitesse nécessite de connaître avec précision la distance entre les forages. Une erreur humaine est possible avec les mesures d’inclinométrie (figure 1.15) et un défaut de calibrage peut affecter les mesures de trajectométries (figure 1.16). Il est donc impératif d’appliquer en surface une procédure de contrôle des directions données par ces mesures. Figure 1.15 Exemple de résultat de 2 trajectométries distinctes et d’une inclinométrie dans un même forage (Projet Inter Pacific). Figure 1.16 Exemple de résultat de 3 trajectométries distinctes dans un même forage (Projet Inter Pacific).
32 Sismique en forage et diagraphies acoustiques 1.2.3.2 Dispositif d’acquisition Il est nécessaire de dissocier l’acquisition et l’analyse des ondes en compression (P) et en cisaillement (S). Jusqu’au début des années quatre-vingt (figure 1.17), l’essai crosshole était réalisé au fur et à mesure de l’avancement du carottage émetteur par une frappe en tête du train de tiges. Cette méthode a évolué grâce au développement d’une sonde d’émission plaquée à la paroi du forage. Ceci a l’avantage majeur de dissocier les opérations de l’atelier de forage et celles de l’atelier géophysique. En revanche, cela ajoute des problèmes de couplage de la source. Figure 1.17 Dispositif historique de la mesure crosshole, appliqué en France jusqu’au début des années quatre-vingt. La méthode crosshole classiquement préconisée (figure 1.18) nécessite trois forages afin de calculer la vitesse entre deux forages récepteurs en s’affranchissant de la connaissance précise du temps (t0, temps zéro) de génération de l’onde. Cette approche est aujourd’hui discutable, car d’une part, très souvent, l’atténuation est telle que le signal du deuxième forage est difficilement exploitable, d’autre part, l’enregistrement du tir n’est plus une limitation technique. Néanmoins, ne travailler qu’avec un forage d’écoute nécessite plus de rigueur, notamment une chaîne de mesure calibrée. À titre d’exemple, une dérive entre l’impulsion électrique et la génération d’un signal « sparker » (figure 1.19) est possible avec l’usure des électrodes.
33 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage Figure 1.18 Illustration du dispositif crosshole à 3 forages. Figure 1.19 Illustration d’une source P : sparker (SolGéo). Par ailleurs, il est vrai qu’avoir un forage récepteur unique peut être pénalisant si l’on veut pointer le temps de première arrivée au maximum de l’amplitude de l’onde (apex) et non à son début. Certes cette technique permet de travailler avec des signaux dont le rapport signal sur bruit est moins bon. D’un autre côté, en raison de l’atténuation du signal, s’il est trop bruité, il peut être difficile d’identifier
34 Sismique en forage et diagraphies acoustiques le départ de l’onde et ce cas se rencontre plus généralement avec le signal du forage le plus lointain. Sources Pour maximiser l’énergie des ondes de cisaillement, une source mécanique (marteau-enclume) ou électromécanique (analogue aux sources de l’outil PS Suspension Logging, PSSL) ancrée à la paroi est préconisée (figure 1.20). Figure 1.20 Illustration d’une source S mécanique (marteau-enclume Ballard) et électrodynamique (SolGéo, masse déplacée vers le haut ou le bas par un électroaimant). Récepteurs Pour l’onde P, l’énergie est répartie sur les composantes horizontales, ce qui peut générer des difficultés pour pointer les premières arrivées et nécessite une opération mathématique de polarisation, afin de projeter l’énergie dans la direction source-récepteur. Certains récepteurs peuvent s’orienter dans une direction donnée. Toutefois, le plus simple et robuste est d’utiliser des hydrophones pour mesurer l’arrivée P. Il est à noter que certains hydrophones sont directement équipés d’un système d’amplification pour optimiser la dynamique d’enregistrement. Pour l’analyse des ondes S, seul un récepteur avec une composante est nécessaire. Toutefois, avoir un récepteur 3 composantes associé à la source mécanique permet, si besoin, de pouvoir vérifier la mesure P par le couple sparker-hydrophone (figure 1.21).
35 1. Mesure des vitesses de cisaillement en forage Figure 1.21 Hydrophone avec système d’amplification et géophone 3C avec système d’ancrage (Solgéo). L’échantillonnage L’acquisition des données crosshole nécessite des pas d’échantillonnage en temps petits. Un échantillonnage en temps de 50 µs est acceptable pour les enregistrements des ondes S, en revanche les ondes P qui sont de plus haute fréquence nécessitent un pas d’échantillonnage plus petit pouvant être pris à 2,5 µs (figure 1.22). a b c Figure 1.22 Enregistrement P dans un même forage respectivement avec un pas d’échantillonnage de 2,5 µs (a), 32,25 µs (b) et 62,5 µs (c).
36 Sismique en forage et diagraphies acoustiques 1.2.3.3 Analyse d’un crosshole A priori l’analyse d’un crosshole est simple et robuste, il suffit de pointer la première arrivée de l’onde sélectionnée (P ou S) et de diviser ce temps de trajet par la distance source récepteur pour aboutir à la vitesse du milieu. Toutefois plusieurs points de vigilance sont décrits ci-après. Comme nous l’avons vu au paragraphe sur les récepteurs, l’interprétation P avec des géophones nécessite la polarisation des traces horizontales, afin de maximiser l’amplitude du signal. Toutefois, il arrive que le résultat de cette opération soit moins lisible qu’une des deux composantes seule ou que l’opération soit complexe, comme lorsque le récepteur a six composantes horizontales. Par ailleurs, dans des alluvions et notamment hors nappe, il arrive que l’atténuation des ondes P soit telle qu’elles ne se distinguent plus du bruit. Deux causes peuvent expliquer ce problème : • En premier, le forage et la cimentation sont délicats dans ce type de terrain et, en fonction de la technique de forage utilisée, le résultat de la cimentation peut être très variable. Pour ce type de terrain, le risque est d’avoir un annulaire de ciment épais et non adhérant à la formation, ce qui peut créer un guide d’onde filtrant plus les ondes P que les ondes S, car elles sont de plus haute fréquence (souvent 1 000 Hz contre 200 Hz). Pour limiter cet effet, un carottier sonique peut être préconisé, afin de ne pas trop déstructurer les terrains. • En second, la source mécanique génère une énergie en ondes P insuffisante pour ce type de terrain très atténuant, il faut donc préférer une source plus puissante pour les ondes P, comme un sparker. La figure 1.23 illustre les propos précédents. Les deux crossholes ont été réalisés dans des sites distincts, mais tous deux avec une couverture d’alluvions gravelosableuses respectivement jusqu’à 22 m et 21,6 m, recouvrant un substratum argileux ou marneux. Dans les deux cas, on constate un changement du contenu fréquentiel entre les alluvions (signal de basse fréquence) et le substratum (signal de haute fréquence). Toutefois, dans le deuxième cas, les premières arrivées identifiables sur les 19 premiers mètres ne sont pas des ondes P, car les temps correspondent avec ceux des ondes S pointés sans doute sur les composantes horizontales. En revanche, dans le premier cas, il est possible d’identifier des arrivées P sur toute la hauteur. L’atténuation affecte surtout les récepteurs lointains dans les crossholes avec plusieurs forages récepteurs. Ceci justifie de réaliser une acquisition avec une source spécifique P plus puissante qu’une source mécanique, qui est faite pour maximiser l’énergie des ondes S. De plus, limiter le crosshole à deux forages est tout à fait possible, mais uniquement à condition de s’assurer de la cohérence des résultats avec ceux d’un downhole et/ou uphole faits dans un des deux forages. La méthode crosshole peut être également affectée par des ondes réfractées (notamment quand l’offset est supérieur à 6 m). L’exemple présenté figure 1.24 illustre qu’il est possible de détecter des ondes réfractées et de confirmer leur existence
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